vendredi 01 juillet
Attention, roman érudit
Quand Umberto Eco prend sa plume, il faut s'accrocher. Avec son premier roman, "le Nom de la rose", il nous avait emmené dans un passé pas si lointain, dans un monde qu'il semblait connaître comme sa poche. Son second roman, "le Pendule de Foucault", nous transporte à travers les âges et nous révèle la diabolique machination ourdie pendant des siècles par les plus grands penseurs. Attention, si vous êtes incultes (ou si vous pensez l'être), ce roman n'est pas pour vous !
Paris, Conservatoire des Arts et Métiers : contre vents et marées, le pendule de Foucault ne cesse d'osciller et offre aux spectateurs la vision de la perfection, de l'exactitude et de la régularité. Casaubon, contemplant ce chef d'oeuvre de la science, y attend son ami Belbo qui se croit en danger de la mort. Casaubon nous explique alors les raisons de sa présence en ce lieu : les pérégrinations avec ses amis pendant toutes ces années, les histoires imaginées oscillant entre occultisme et ésotérisme, le complot pour la domination mondiale.
Complexe est le chemin suivi par les différents protagonistes : complexe à la fois d'un point de vue sentimentale et intellectuel. Point de départ, Milan, les trois amis, Diotavelli, Belbo et Casaubon, semblent suivre un parcours initiatique qui les mènera chacun à des destins bien différents les uns des autres. Imaginant un complot diabolique pour la domination du monde, les trois protagonistes commencent à voir des liens cachés entre les différentes cultures : "des parchemins aux computers, de Descartes aux nazis, de la kabbale à la science", tout ramène à ce complot. L'histoire s'emballe quand les trois amis se voient devoir faire face aux instigateurs mêmes de ce complot.
Erudit, savant, subtil, impressionnant, saisissant, désarmant : ce livre est tout à la fois. Erudit et savant pour les nombreuses références qu'Umberto Eco utilise pour distiller une saveur particulière à son ouvrage. Pour perdre un peu le lecteur également, car érudit, il faut l'être pour arriver au bout de l'histoire et comprendre toutes les subtilités. Et j'en suis loin. Impressionnant pour la qualité de l'écriture, et saisissant pour la qualité de l'histoire. Désarmant parce qu'il faut vraiment s'accrocher pour suivre Umberto Eco dans ses "délires" ésotériques...
Un grand livre que l'on se doit de lire plusieurs fois s'il ne veut pas rester dans le fossé sur la route de la réflexion...
lundi 20 juin
Condoléances
Suite aux conseils d'un des visiteurs de ce blog, je me suis attelé à la lecture de "l'ami du défunt" d'Andreï Kourkov - auteur également du livre "le Pingouin".
Donc me voilà à lire le deuxième roman ukrainien de ma petite vie, et quelle ne fut pas ma surprise : encore une histoire à dormir debout, rocambolesque et absurde. A croire qu'Andreï Kourkov excelle dans ce domaine ! Un style plutôt comique, agréable à lire sans se prendre la tête : Kourkov fait vivre les protagonistes de manière très simple dans un environnement toujours aussi peu sûr, celui de l'ex-URSS.
Nous voilà donc encore une fois à Kiev, à suivre l'histoire d'un chômeur désespéré n'attendant plus rien de la vie. (Le début de l'histoire ressemble étrangement à celui du livre "le Pingouin", ce qui est un peu dommageable...) L'homme, au bord du gouffre, programme alors sa propre mort par l'entremise d'un tueur à gage. Quoi de mieux pour faire parler de soi ? Malheureusement -ou plutôt heureusement- il reprend goût à la vie : sa femme a quitté la maison pour vivre avec un autre homme (de toute façon ils ne se parlaient plus...) et lui rencontre une jeune femme qui lui ouvre de nouvelles perspectives. Mais le tueur à gage est toujours à ses trousses et cherche toujours à le liquider... Quels détours va bien pouvoir prendre cette histoire; en Ukraine, tout est possible.
J'ai assez apprécié l'histoire, même si elle n'est pas très originale. Kourkov propose vraiment ici une autre approche, pleine de suspens et de comique, ce qui rend ce roman plutôt attrayant. Malheureusement, les protagonistes et les situations m'ont semblés trop proche de son précédent livre "le Pingouin". Malgré tout, c'est une très bonne distraction qui fait passer un moment agréable. Je tiens à préciser tout de même que "L'ami du défunt" a été sélectionné comme l'un des trois meilleurs d'Europe par l'Académie du film européen à Berlin : il ne peut donc pas être totalement mauvais...
lundi 13 juin
Un univers comique, absurde et sordide
Un très bon roman, c'est assez rare pour être signalé, alors je n'hésite pas ici à en faire la promotion. 'Le Pingouin" est le premier roman d'Andreï Kourkov, auteur russe multilinguiste (il parle tout de même neuf langues) vivant à Kiev.
Justement, tout se déroule à Kiev, ville cosmopolite, méconnue, impitoyable avec les plus faibles : bienvenu dans le monde sans règles de l'ex-Union Soviétique. L'histoire est simple, presque saugrenue mais elle ne manque ni de charme ni d'intrigue : Victor Zolotarev, écrivain sans emploi qui n'a jamais publié un livre, traîne sa solitude avec Micha, manchot royal donné par le zoo de la ville. Micha est neurasthénique et passe sa mélancolie dans des bains d'eau froide. Un beau jour, le patron d'un grand quotidien lui propose d'écrire des nécrologies de personnalités du monde politique, financier, etc... Des nécrologies pour des personnalités bien en vie. Des nécrologies juste au cas où pense Victor. Quand les personnalités commencent à tomber comme des mouches, Victor se retrouve plongé malgré lui dans une histoire qu'il ne contrôle pas. Mais qui se cache donc derrière cette machination ?
Il faut vraiment être russe pour pondre pareille histoire. D'un côté c'est original, drôle, emballant ; d'un autre côté c'est triste, presque effrayant, surtout intriguant. Ce couple improbable (que peut bien faire un manchot royal dans un appartement...?) est plongé dans cette histoire loufoque et subtile, pour le plus grand plaisir du lecteur qui se délecte de chacune des expériences qui leur arrive.
Andreï Kourkov manie la plume avec une finesse incroyable, peint un décor totalement incroyable auquel on accroche immédiatement. Le tragi-comique de ce livre est bluffant et franchement j'en redemande. J'ai fini le livre très - trop ? - rapidement et je ne demande qu'une chose : lire les autres ouvrages de Kourkov et y trouver cette fraîcheur qui manque cruellement à beaucoup des romans actuels. Vous l'aurez compris, je vous conseille de l'acheter les yeux fermés !
Plus d'infos sur l'auteur ici : les éditions du Seuil.
lundi 06 juin
Le resucée de Dan Brown

Mais ne nous égarons pas ! Précisons tout d'abord une chose : "Anges & Démons" n'est pas le dernier ouvrage de Dan Brown puisqu'il a été écrit et publié bien avant "Da VInci Code". Il s'agit donc bien d'un coup marketing de la part de la maison d'édition, mais c'est de bonne guerre. Précisons alors une autre chose : Dan Brown a écrit deux autres livres "Deception Point" et "Digital Fortress", de qualité tout à fait inégale qui ne méritait guère d'être lus. Vous ne pourrez plus dire que vous ne le saviez pas...
Parlons plutôt d'"Anges & Démons", livre ma foi très moyen qui reprend le même style scénaristique et le même héros que le "Da Vinci Code". En gros, vous suivez deux histoires parallèles que vous savez en rapport très étroit mais vous ne vous l'expliquez pas; on vous donne plein de vraies informations, ou qui semblent l'être; on vous refait le coup du "tout dans ce livre est véridique"; on remet une tranche de faits réels par dessus et vous obtenez "Anges & Démons".
Mais quel est l'histoire vous demandez-vous. Alors accrochez-vous, ça déménage ! Un scientifique du CERN est retrouvé mort, affreusement mutilé par un symbole (ça ne vous rappelle rien...?) surgissant des siècles les plus noires de l'Eglise. Ce scientifique, à la fois prêtre et père adoptif, travaillait à la création d'anti-matière avec sa fille. Le résultat de ce meurtre est le vol de cette anti-matière, produit hautement volatile pouvant anéantir une bonne partie d'une ville, et qui est caché au Vatican alors que le conclave (vous savez, pour élire un nouveau pape) va débuter.
Mais qui se cache derrière cette machination démoniaque ? Voilà une chose que l'on sait rapidement : ce sont les Illuminati, une confrerie secrète, qui resurgit de la nuit des temps alors que tout laissait à penser qu'elle était éteinte. Alors évidement, si vous êtes comme moi un inculte, vous ne connaissez pas les Illuminati, vous ne savez pas que c'est une confrérie qui s'est créé pour que les scientifiques du monde entier puissent continuer à faire des recherches à une époque où l'église romaine pourchassait les hérétiques tels que Galilée.
Ainsi, tout le livre tourne autour de la rivalité qui oppose le monde scientifique et les religions : le big bang, la création du monde par Dieu, la théorie de l'évolution, les miracles, etc... Dan Brown nous sert ici une belle salade en mélangeant pas mal de théories contradictoires et ce afin de crédibiliser un peu plus ses hypothèses, et en profite au passage pour tirer à boulets rouges sur l'église catholique et ses sacro-saints principes. Mais on était déjà habitué à ce principe avec "Da Vinci Code"...
Au final, je reste un peu sur ma faim avec ce "Anges & Démons" : il est par trop de points semblable au "Da Vinci Code" et me fait plus penser à une sorte de brouillon, un brouillon qui lui a permis de s'essayer à la trame scénaristique si particulière dont il est fan. Certes, le livre se lit assez vite et est assez prenant, mais je trouve qu'il ne vaut pas le coup : la surprise ne fait plus effet sur le lecteur habitué au style Dan Brown, les informations sont toujours données au compte-goutte sans réelles explications et l'intrigue, assez banale, se dévoile de manière bien trop linéaire. En conclusion, je pense qu'il y a bien trop de livres pour perdre son temps avec celui-là : dans un autre registre, mieux vaut se jeter à corps perdus dans le dernier Patricia Cornwell "Signe Suspect" ou dans "Los Angeles River" de Michael Connelly. A bon entendeur...!
jeudi 03 février
Les Secrets du Vatican

Je choisis un titre très d'actualité pour introduire l'ouvrage de Rita Monaldi et Francesco Sorti, "Imprimatur". Passionnant roman historique, les deux auteurs nous proposent de suivre les aventures d'un jeune aubergiste en 1683, époque très troublée en Europe par l'invasion des Turcs qui assaillent Vienne et toute la Chrétienté.
Un des clients de l'auberge du Damoiseau, Monsieur de Mourai, est retrouvé mort dans sa chambre. Quel mal a bien pu frapper cette modeste petite auberge romaine ? Celle-ci est alors mise en quarantaine car les stigmates de la peste sont tous présents. On apprend rapidement que le français Mourai est mort empoisonné, mais qui parmi les clients a bien pu agir de la sorte ? A l'aide d'un des pensionnaires, l'abbé Melani, le jeune aubergiste va donc mener une enquête qui le mènera dans les sous-terrains, les catacombes romains, les palais princiers, et va ainsi naviguer dans les secrets les mieux gardés du Vatican d'Innocent XI et de la cour de Louis XIV. Le jeune aubergiste ne se rend pas compte qu'il tient peut-être le futur de l'Europe entre ses mains...
Certes, le roman démarre assez lentement, mais l'intrigue est vraiment bien ficelée, et il est vraiment très difficile de fermer ce livre tant on veut connaître la suite des événements. Le côté historique de l'aventure est vraiment très prenant et presque instructif si l'on oublie que c'est un roman. Très riche, très documenté et précis dans ses descriptions, certains trouveront que le livre regorge de détails qui mettent dans l'ambiance, alors que d'autres penseront que ces descriptions ralentissent la tempo du livre.
En tout cas, il ne laisse pas indifférent : les auteurs, elle spécialiste de l'histoire des religions, lui de musique italienne du XVIIe, proposent donc de nous faire voyager dans les cours européennes et les complots des princes, alors que le sort de l'Europe se joue à Vienne. En effet, ce contexte historique fort bien décrit donne de la vraisemblance au roman. On y croirait presque si l'ouvrage n'était pas un roman. Les auteurs jettent encore plus le trouble en plaçant habilement plus de 30 pages de notes en fin d'ouvrage, offrant ainsi au lecteur le loisir de croire, ou non, à l'histoire qui vient de lui être livré.
Franchement intrigant et instructif, "Imprimatur" de Monaldi & Sorti est vraiment un ouvrage à lire, ne serait-ce que pour la richesse des descriptions et la qualité de l'écriture. Les complots et les histoires de coeur entre les différentes cours d'Europe ajoutent encore au charme de ce livre.
mercredi 19 janvier
Cruelle est la vie...

"Des Souris et des Hommes" de John Steinbeck (1902 - 1968) nous livre l'histoire de deux pauvres travailleurs à qui la vie ne semble pas avoir fait de cadeaux.
George et Lennie cherchent un job stable dans cette Amérique des années 1930 qui ne veut pas d'eux. Ils ne veulent de rien de plus que de quoi survivre dans ce monde qui n'est pas fait pour eux. Spécialement Lennie à qui la nature a fait cadeau d'une incroyable force, compensée par un certain retard mental. George s'en occupe comme si c'était son propre frère, même contre les bruts du ranch dans lequel ils travaillent. Une incroyable amitié entre deux hommes que tout sépare, mais qui aimeraient tant s'installer une fois pour toute. Très dure cette histoire entre ces deux hommes... ces deux hommes qui rêvent de la même chose mais à qui finalement rien ne sera donné. Pis, tout leur sera pris : la vie même pour effacer une histoire qui a tourné mal.
Franchement, il ne faut pas le lire ce magnifique ouvrage de Steinbeck dans une période de déprime, cela ne vous aiderait pas à vous relever. La bêtise humaine (pas forcément celle que l'on croit...) est ici décrite avec force par un auteur qui possède une fort belle plume. John Steinbeck dans l'une de ses oeuvres les plus magistrales !
mardi 11 janvier
Les Caprices de l'Amour
Grand trouble parmi les clients d'une petite pension de la Riviera : la
femme de l'un des pensionnaires, Mme Henriette, s'en est allé avec un
jeune homme qu'elle ne connaît que depuis 24 heures. Ainsi sont les
femmes, mais quelle peut bien être la réaction des vacanciers, et
également du mari éconduit ? Le narrateur, seul défenseur de
l'immoralité, trouvera une allié pour le moins étonnante : une vieille
anglaise très touchée par les événements, qui relate alors sa propre
histoire.

Les travers des bons moeurs sont peints ici de manière remarquable et cette aventure au féminin se lit avec un réel plaisir, le plaisir de (re)découvrir la femme dans toute sa beauté.
lundi 03 janvier
Jongle avec la vie

"Ensemble, c'est tout" est absolument parfait ! Le style d'Anna Gavalda nous emporte et nous fait aimer des protagonistes pourtant presque banals. Mais elle est inimitable et elle seule parvient à nous faire aimer des personnages improbables, à qui il arrive des histoires somme toute normales...
Ce livre fait aimer la vie, les gens, tout ce qui nous entoure de près ou de loin, et nous fait oublier, un trop court moment, le monde extérieur si cruel. Six cents pages dévorés en quelques temps, et qui nous fait dire que les livres sont toujours trop courts. Mais alors où serait le plaisir...?













